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Chronique · Le Temps Réellement Vécu

L’activité avant l’heure : quand le futur organise déjà le présent

Un dîner officiel est prévu à 19 heures.

À 14 heures, il a déjà commencé d’une certaine manière.

On évite peut-être une activité physique intense. On choisit différemment son repas. On pense au trajet, aux personnes présentes, aux sujets délicats, à la manière dont on souhaite arriver.

L’événement n’exerce évidemment aucune causalité depuis le futur. Ce sont sa représentation actuelle, les engagements pris et les normes associées qui modifient déjà le présent.

Le futur devient une contrainte pratiquement réelle

Un billet acheté, un contrat, une heure convenue, la présence d’un supérieur ou d’une personne importante donnent à l’événement une consistance avant son exécution.

Cette consistance peut être agréable, anxieuse, neutre. Elle peut nourrir l’anticipation ou produire de la tension.

Ce qui importe ici est moins sa valence que son effet : certaines options du présent deviennent moins disponibles.

La journée se courbe autour de quelque chose qui n’a pas encore commencé.

Une causalité temporelle plutôt qu’une pathologie

Je tiens à ne pas transformer ce phénomène en trouble du temps. Anticiper est une capacité essentielle. Préparer une rencontre, une compétition ou une intervention peut donner une forme féconde à la journée.

Le problème apparaît lorsque nous refusons de reconnaître cette présence et que nous évaluons ensuite notre temps comme si l’événement n’avait réellement existé qu’entre 19 h et 22 h.

C’est là que naît le sentiment de ne pas comprendre où est passée la journée.

L’« activité avant l’heure » est une proposition pour décrire ce débordement.

Elle invite à regarder non seulement le moment où l’activité commence, mais le moment où elle commence à modifier les choix.

Parfois, la différence est minime.

Parfois, elle explique presque toute la journée.

Path of Nuance · Hayat MENDAS